Démocratie
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Union Européenne
Le premier pouvoir
L'immense pouvoir de l'information
A quoi sert l'information ?
Lorsqu'un animal veut se nourrir, il reçoit et traite tout un ensemble d'informations sonores, visuelles et olfactives. Si il n'avait plus accès à ces informations, il ne pourrait plus se nourrir et mourrait.
D'une manière générale, l'information est un élément vital pour tous les êtres vivants. Ils doivent pouvoir capter l'information, la traiter, et l'utiliser pour se fixer des objectifs et les atteindre. Et dans le monde moderne créé par les êtres humains, l'information a une importance tout aussi capitale.
Pour illustrer le rôle si important que joue l'information dans les sociétés humaines, nous allons imaginer un instant l'existence d'une société purement fictive. Supposons que l'organisation économique de cette société fictive avantage un tout petit pourcentage de la population, et plonge une autre partie de la population, de plus en plus importante, dans la précarité ou même l'indigence. Imaginons que la petite fraction des privilégiés puissent se rendre propriétaires des moyens d'information du pays. Imaginons ensuite que les médias qu'ils possèdent diffusent sans cesse le message: il n'y a pas d'alternative au système tel qu'il est, et tout changement conduirait à une catastrophe. Si vraiment les citoyens finissent par le croire, alors c'est une victoire totale pour les nantis. Les défavorisés ne pourront même plus se fixer pour but d'améliorer leur condition. Ils baisseront les bras et se désengageront du combat politique. C'est dire l'importance capitale de l'information, qui nous permet de comprendre le monde et ses possibilités, et en conséquence de se définir des objectifs, puis de mettre en oeuvre les solutions appropriées pour atteindre ces objectifs.
Mais laissons cet exemple imaginaire de côté et revenons à la réalité.
Savez-vous qu'en 2016 ?
  • Vincent Bolloré (11 Milliard d'€) possède, via Vivendi, les chaînes Canal+, I-télé, Direct 8, 17 Direct Matin, et une plateforme internet: Dailymotion.
  • Patrick Drahi (16,7 Milliards d'€), PDG de SFR-Numéricable, a acheté notamment Libération, L'Express, L'Expansion, et la chaîne d'info BFM-TV, et la radio RMC.
  • Le consortium Le Monde, Le Nouvel Observateur, Courrier international, et Telerama, a été racheté par trois fortunes:
    • Matthieu Pigasse
    • Pierre Bergé (180 millions d'euros), qui possède en sus Têtu.
    • Xavier NIEL (7,8 milliard d'€), le pdg de FREE, qui possède en sus atlantico, causeur.fr, et Le Huffington Post.
  • Serge Dassault (17,5 milliards d'€) possède Le Figaro, et qu'il possédait jusqu'à il y a peu de temps une dizaine de titres de la presse régionales avec de gros tirages, soit une part importante de la presse quotidienne en province.
  • Bernard Arnault (34,6 milliards, première fortune de France) possède Les Echos, le plus connu des quotidiens de l'économie ? Et qu'il vient de racheter Le Parisien, l'un des plus gros tirage de la presse régionale.
  • Martin Bouygues (2,4 milliards d'€) a acheté TF1 en 1987, et qu'il possède aussi des chaînes qui gravitent autour de TF1, comme la chaîne d'info LCI, et a racheté Eurosport.
  • François Pinault (12,7 milliards d'€) possède l'hebdomadaire Le Point.
  • Arnaud Lagardère (290 millions d'€) détient les magazines Elle, Paris Match, l'hebdomadaire Le Journal du Dimanche, les radios Europe 1 et Virgin, et que sa société possède aussi le groupe Hachette, qui a une place très importante dans l'édition (Le Livre de Poche, fayard, Calmann-Lévy).
  • Bref, que quasiment toutes les télévisions privées appartiennent à des milliardaires, toutes les chaînes d'information appartiennent à des milliardaires, ainsi que tous les quotidiens nationaux, quasiment toute la presse régionale, et les hebdomadaires qui comptent, sans oublier quelques radios, et que donc, une dizaine de milliardaires contrôlent une partie très importante des informations mises à notre disposition dans les médias de masse [1], [2], [3], [4].
Peut-être pensez-vous que le propriétaire d'un média n'influe pas sur le contenu de l'information proposée par ce média, et que la liberté de la presse prévaut. Mais peut-être aussi ne connaissez-vous pas assez le fonctionnement des entreprises. Pour que le contenu d'un média soit orienté, il n'est pas nécessaire qu'un système de censure soit présent au sein de ce média. Comment se fait-il que les journalistes qui y travaillent disent ce qu'il faut et ne disent pas ce qu'il ne faut pas ? Le processus est trivial: il suffit d'engager du personnel qui, soit a naturellement une idéologie identique à celle de son propriétaire, soit n'en a pas, et se ralliera d'instinct, pour son propre confort professionnel et relationnel, à l'idéologie dominante dans l'entreprise.
Regardez les présentateurs télé, par exemple ceux de BFM TV ou I-télé, ils semblent sortir du même moule [5].
Le contrôle éditorial se réalise simplement par le choix des collaborateurs [6], [7], [8], [9], [10], [11].
Le journaliste Benjamin Masse Stamberger résume l'état des lieux de cette façon : « parfois on tombe dans une vision complotiste où on explique que tout ça est tenu, alors que c'est plus compliqué que cela. [...] on a un actionnaire, qui nomme un directeur de rédaction, qui est en adéquation fondamentalement avec ses thèses. Ce n'est pas une personne à qu'il il faut dire "tu vas dire ça ça et ça", c'est une personne qui est favorable au libéralisme, à la mondialisation, etc. Et cela coule comme cela de l'actionnaire au directeur de rédaction, puis au rédacteur en chef, puis aux rédacteurs. Et après, les gens, de bonne foi, disent qu'ils font ce qu'ils pensent, qu'ils sont totalement honnêtes... ». Benjamin Masse Stamberger estime qu'à partir des années 1990, après le rachat des médias par des grandes sociétés capitalistiques, il s'est ainsi constitué un corpus médiatique ayant une pensée quasi unique en ce qui concerne l'économie, thème le plus important pour ces sociétés [12].
En savoir plus
Remarquons aussi que, même dans le cas où le propriétaire d'un média ne désire pas effectuer un contrôle sur les contenus produits par son média, différentes forces concourent à en orienter le contenu malgré tout. Par exemple, les annonceurs qui utilisent ce média pour diffuser leurs publicités n'accepteraient pas que ce média puisse tenir des discours qui leur sembleraient inconvenants. Un journal qui passerait son temps à démasquer les stratégies des multinationales pour s'approprier à moindre frais les matières premières des pays du sud aurait sûrement bien des difficultés à trouver des annonceurs...
A l'intérieur d'un média, le contrôle de l'information par les rédacteurs en chef passe essentiellement par le choix des informations qui seront mises en avant. La déformation volontaire des informations, ou même la création de fausses informations sont probablement des phénomènes mineurs. Mettre en avant un seul point de vue suffit largement à contrôler l'information. Et cette mise en avant ne doit pas être interprétée comme une malhonnêteté: elle résulte probablement la plupart du temps d'à priori, de préjugés, d'idées toutes faites, bref, elle découle du fait que les informations subissent le filtre des opinions et des idéologies du personnel qui a la responsabilité du contrôle éditorial du média en question.
Il faut rajouter à cela les conditions de travail déplorables dans les médias, qui sont des entreprises comme les autres, c'est à dire inféodées à des logiques financières, et non à des logiques de service.
Les journalistes ont des délais trop courts pour produire une information fiable et approfondie [13]. Au passage, cela explique en partie pourquoi la presse est soumise à un effet moutonnier: il est beaucoup plus rapide de recopier une information en provenance de l'AFP, que de se livrer à un travail d'investigation authentique !
Mais au fond, quelqu'en soit les raisons, le résultat est le suivant: nous avons des informations tronquées, qui ne reflètent souvent qu'un seul point de vue, et qui laissent de côté tout un ensemble d'analyses ou de faits qui auraient pourtant été essentiels à la compréhension.
Aller plus loin
Citation de Gillian Tett, une journaliste britannique et rédactrice en chef au Financial Times:
La plupart des sociétés ont une élite, et les élites veulent conserver le pouvoir. Et leur manière de conserver le pouvoir n'est pas seulement de contrôler les moyens de production, en termes marxistes, c'est à dire en contrôlant l'argent, c'est surtout en contrôlant le plan cognitif, notre manière de penser. Et ce qui importe réellement à ce propos, ce n'est pas tant ce qui se dit en public, mais c'est ce qui n'est pas débattu, ce qui ne se dit pas [16], [17].
Qui sait par exemple, en France, que le fait que notre pays soit un état membre de l'Union européenne nous interdit de contrôler les délocalisations ? C'est l'article 63 du TFUE (Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne). Si, par exemple, un constructeur automobile français veut délocaliser une partie de sa production au Maroc, il peut le faire sans que l'état français n'est aucun moyen légal de l'en empêcher. On voit là que notre appartenance à l'Union Européenne nous engage donc à respecter une règle qui n'est pas anodine quant à ses conséquence potentielles sur notre économie et donc au final notre vie. Et le TFUE regorge de directives de ce genre (voir ici).
Or, ce type d'informations n'apparaît qu'assez peu dans les médias de masse, alors qu'elles sont absolument vitales pour nous. Il est évident, pour qui a lu les traités européens, que nous devrions avoir un grand débat national sur ce sujet.
Mais peut-on compter sur nos médias pour organiser un tel type de débat ?
La réponse est à peu près certaine: non. En effet, il y a conflit d'intérêt: les propriétaires milliardaires de nos médias profitent de l'Union européenne, qui a été faite pour eux ( pour ne pas dire: par eux... [18], [19]). Ils peuvent s'enrichir grâce aux mesures imposées par les traités européens. Donc, organiser de vrais débats sur notre appartenance à l'UE, reviendrait pour eux à s'attaquer à leurs propres intérêts.
Conclusion
J'aime beaucoup la devise française, égalité, liberté, fraternité, mais je l'échangerais sans hésiter par: information de qualité.
Une information de qualité est absolument indispensable pour nous citoyens, si nous voulons définir et contrôler notre destinée.
Je considère que l'information est le premier pouvoir. Avant le pouvoir législatif, avant le pouvoir exécutif, avant le pouvoir judiciaire, avant le pouvoir de création monétaire.
En effet, celui qui contrôle l'information, contrôle tout: il peut désigner par exemple quelle personnalité politique ne pourra pas devenir président de la République. Il suffit pour cela de ne pas ou peu la laisser s'exprimer dans les médias. Qui votera pour quelqu'un qu'il ne connaît pas ? ? ? ?
J'estime que les systèmes d'information devraient être constitutionnalisés: avoir une importance première dans les textes constitutionnels des états, avant l'exécutif, le législatif, le judiciaire, et le bancaire.
Et ma conclusion sera la suivante: nous devons impérativement passer, chacun d'entre nous, un peu de notre temps à nous informer grâce à des sources parallèles, comme l'excellent site les-crises.fr, ou bien upr.fr par exemple. Les français passent près de quatre heures devant la télé chaque jour [20], [21]. En diminuant ce temps de 10 minutes par jour, cela dégagerait 1h10 par semaine pour s'informer correctement. Cela serait peut-être le début d'une vraie révolution, la seule qui soit authentique: la révolution de l'information, donc, au final, de la conscience.
Références
1. Information sous contrôle, Médias français : qui possède quoi Le Monde diplomatique juillet 2016 (archive)
2. Médias : pourquoi 10 milliardaires contrôlent notre information ? Osons Causer (chaîne Youtube)
« la quasi-totalité des médias généralistes sont désormais réunis dans une vingtaine de grands groupes. La plupart appartiennent à de riches industriels qui ont fait fortune dans des domaines bien éloignés de la presse (transports, bâtiment, luxe, télécommunications…). (...) Dans ce paysage médiatique français, rares sont les titres indépendants. Citons tout de même "Le Canard enchaîné", "Charlie Hebdo", "Marianne" et Mediapart, "Politis"... Le plus souvent, plusieurs personnalités (notamment des journalistes) s'y partagent les parts. »
4. Une virulente campagne antisyndicale, Information sous contrôle L'Obs 16 octobre 2015 Serge Halimi & Pierre Rimbert
« Avant que l’indignation générale ne le contraigne à reculer, le gouvernement de M. Manuel Valls a tenté d’interdire une manifestation syndicale en France - du jamais-vu depuis des décennies. Cette dérive autoritaire doit beaucoup au climat de guerre sociale qu’entretiennent les principaux médias du pays. Subissant la férule de ses propriétaires, la presse renonce au rôle de défenseur des libertés politiques. »
« les médias recrutent des salarié(e)s sélectionné(e)s et formé(e)s de façon que toutes leurs propriétés (origine sociale, classe d'âge, parcours scolaire, diplôme universitaire, bagage culturel, goûts esthétiques, préférences morales, etc.) contribuent à les faire adhérer activement aux différentes expressions de l'idéologie dominante (hédonisme consommatoire, individualisme libertaire, écolo-humanitarisme, américano-tropisme, européanisme bruxellois inconditionnel, préférence pour le privé contre le public, hostilité envers le syndicalisme de classe et spécialement envers la CGT, favoritisme pour la CFDT, etc.), de même qu'ils adhèrent à cette forme d'analphabétisme politique caractéristique de la classe moyenne moyennement instruite qui consiste à réduire la politique à ce que les personnalités politiques, et en particulier celles occupant des responsabilités dans les appareils et les institutions, proclament qu'elles font, qu'elles ont fait ou qu'elles vont faire. »
6. «Le Monde» et l'indépendance de la presse Blog Mediapart du rédacteur en chef du service international au Monde 08 mai 2015 François Bonnet (archive)
« Comment se porte l'indépendance de la presse? Mal, très mal même, depuis que des industriels, des hommes d'affaires et des banquiers ont mis la main sur la quasi-totalité des médias français. (...) nos collègues européens considèrent généralement avec stupéfaction l'état de la presse française. (...) Natalie Nougayrède, ancienne directrice du Monde, montre combien cette indépendance n'est que de papier. En pointant deux problèmes majeurs: la gouvernance du groupe Le Monde, soigneusement brouillée par les actionnaires, pour mieux être en mesure de peser de tout leur poids (...) Lors du rachat du Monde en 2010, les journalistes ont perdu deux postes clés: la présidence du directoire et la fonction de directeur de la publication. Ces deux derniers postes ont été confiés au représentant direct du trio d'actionnaires, le gestionnaire Louis Dreyfus, de fait installé en véritable patron du groupe Le Monde, et qui a aussitôt marqué de près son territoire en allant jusqu'à recommander tel ou tel journaliste quand il ne procédait pas directement à leur embauche. »
« Le jeudi 10 décembre 2015, lors d’une réunion d’un Conseil de surveillance de L’Obs, les trois actionnaires – Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé – « donnent un mois à Matthieu Croissandeau pour changer la ligne éditoriale » (...) au fil des jours les soupçons d’un licenciement politique gagnent en consistance. Le vendredi 20 mai, Aude Lancelin est reçue par Jacqueline Volle pour l’entretien préalable à son licenciement. La veille déjà, Libération s’interrogeait : « Aude Lancelin virée pour avoir fait battre le coeur de "L’Obs" trop à gauche ? » (...) Bref : les actionnaires actionnent et Aude Lancelin est licenciée. »
« Nouveau séisme chez Vivendi : Cécilia Ragueneau, directrice d’i-Télé, et Céline Pigalle, directrice de la rédaction du groupe Canal+, ont été débarquées, vendredi 4 septembre, par Vincent Bolloré, le tout puissant patron du géant des médias. L’ex-directeur de la rédaction de Direct 8, Guillaume Zeller, est nommé directeur de la rédaction de la chaîne d’info. »
« Sous la pression du CSA, qui l'avait auditionné le 24 septembre 2015, Vincent Bolloré s'était engagé à créer un comité d'éthique pour assurer l'indépendance éditoriale de sa nouvelle chaîne. C'est désormais chose faite. Seul problème : comme le révèle BFM Business, Bolloré a placé deux de ses proches dans ce comité de six membres ((René Ricol et Jean-Marie Colombani)). (...) A priori, Bolloré a peu de souci à se faire (...). (...) Ils seront donc six : René Ricol (expert comptable), Jean-Marie Colombani (ex-directeur du Monde, directeur de Slate.fr), Michèle Reiser (réalisatrice, ancienne membre du CSA, veuve du dessinateur Reiser), Jacqueline de Guillenchmidt (seule membre du comité d'éthique d'I-télé à ne pas avoir démissionné en septembre 2015 pour protester contre la prise de pouvoir de Vivendi sur Canal), Colette Neuville (présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires) et Jean-Marie Coulon (président honoraire de la cour d'appel de Paris). »
« Rappelons qu'à i-Télé, deux des trois membres du comité d'éthique ont démissionné en septembre à la suite de la reprise en main par Vincent Bolloré. Une seule n'a pas démissionné: Jacqueline de Guillenchmidt, a relevé Arrêt sur images... Interrogé, Canal Plus n'a pas souhaité faire de commentaires. »
« L'ancien directeur de la rédaction de Paris Match quitte définitivement le groupe de presse, licencié pour "dérive déontologique", un peu plus d'un an après avoir publié en couverture du magazine, le 25 août 2005, une photo de Cécilia Sarkozy au côté du publicitaire Richard Attias.
(...)
En octobre 2005, un peu plus d'un mois après la publication du numéro litigieux, Arnaud Lagardère (Le propriétaire du magazine Paris Match) avait prévenu M. Genestar qu'il ne dirigerait plus le magazine pendant la campagne présidentielle. "Il y a un problème de confiance entre nous", arguait M. Lagardère, qui n'avait été prévenu de la couverture qu'une fois le magazine imprimé. Mais il n'avait pas caché à ses cadres qu'il avait été ébranlé par la colère de Nicolas Sarkozy. »
12. L’état de la démocratie en France en 2017 - 1ère table ronde - Université UPR 2017 Youtube, chaîne de l'UPR, voir vers 10mn10s novembre 2017
13. quelques témoignages représentatifs des problématiques que le journalisme traverse actuellement Journalistes Debout - Pour une presse libérée des puissances de l'argent et de l'Etat 5 juillet 2016 Gabriel (archive)
« C’est triste à dire, mais à la pige, je raisonne d’abord en termes de productivité et moins en termes d’intérêt ou de plaisir : un sujet est-il financièrement intéressant à traiter ? Si oui, je ne m’accorde en général pas beaucoup de temps de réflexion avant de lancer mes recherches et interviews. En fait, les tarifs proposés par les rédactions (négociés au nombre de feuillets rendus) sont souvent si bas que le temps qu’on peut consacrer à un sujet est en général compté. »
14. Deception on Capitol Hill New-York Times 15 janvier 1992
« L'adolescente, donc le témoignage aida à construire le soutien à la guerre dans le Golf persique, était identifiée seulement par le nom "Nayirah", une mesure supposée protéger les membres de sa famille toujours au Koweit. »
15. The disinformation campaign The Guardian 4 octobre 2001 Phillip Knightley
« Le comité du Congrès ne la connaissait que par son nom "Nayirah" et une séquence télé de son témoignage montrait la colère et la détermination sur les visages des députés qui l'écoutaient. Le président Bush se référa à cette histoire 6 fois durant les cinq semaines suivantes comme d'un exemple de caractère diabolique du régime de Saddam Hussein. (...) L'histoire était une fabrication et un mythe, et Hill & Knowlton avait coaché et fait répété Nayirah, l'adolescente koweitienne, pour sa comparution devant le comité du Congrès (...). »
16. Gillian Tett Renegade Inc
« Most societies have an elite and the elite try to stay in power. They do this by controlling the means of production and the cognitive map, the way we think. And what really matters is what is left unsaid, undebated. »
17. Les Quatre Cavaliers (2012) [VOSTFR] - avec Noam Chomsky, Joseph Stiglitz, John Perkins, etc. (5mn05s)
18. Bruxelles Business - Mais qui contrôle vraiment lEurope Youtube Friedrich Moser et Matthieu Lietaert
« Bruxelles abrite 2500 structures de lobbying, 15 000 lobbyistes, soit le 2ème pôle de lobbying mondial. »
19. The Brussels Business Arte Friedrich Moser et Matthieu Lietaert
« The Brussels Business offre un voyage à l'intérieur des coulisses de la plus grande économie sur la terre - l'Union européenne. Il explique l'historique du lobbying, le quatrième pilier fondamental pour comprendre comment sont créées les lois qui déterminent la vie de plus de 500 millions d'Européens. Sous forme d'un docu-thriller politique, The Brussels Business montre la version non officielle de l'intégration européenne. Il ajoute un élément de réponse à une question que des millions d'Européens se posent: Qui dirige l'Union européenne? »
« Les foyers français ont passé pas moins de 3h47 par jour devant leur écran, selon la société Médiamétrie qui analyse et mesure les comportements du public. Une durée de visionnage en progression de 15 minutes entre 2010 et 2011 rappelle TéléObs. On peut, par contre, noter que pour la première fois, Médiamétrie a pris en compte la consommation différée de la télévision avec les enregistrements. (...) Des chiffres en hausse malgré tout: les enfants entre 4 et 14 ans regardent quotidiennement la télévision 2h18, les jeunes -15/34ans- la regardent 2h45 et ce sont les plus de 50 ans qui battent les records en la regardant 4h59 par jour! »
« En 2012, les Français ont regardé la télévision en moyenne trois minutes de plus par jour, soit 3 heures 50 contre 3 heures 47 en 2011. C'est ce que révèle la dernière étude de Médiamétrie. »
Article publié le 8 avril 2016
Le système actuel de production des connaissances n'est pas et ne peut être "scientifique", car il dépend du psychisme (égo) des acteurs qui y participent, ainsi que de notre organisation économique et sociale, qui exerce une contrainte majeure et délétère sur lui.
D'une manière générale, la production des connaissances est totalement dépendante de la psychologie des acteurs humains qui la réalisent, et des pressions et contraintes qui s'exercent sur eux.
Si l'on considère la production de connaissance scientifique, il est évident que les chercheurs peuvent avoir certaines motivations sans rapport avec la science, par exemple le désir d'être reconnu, valorisé, ou l'ambition d'occuper une position sociale en vue. Ils pourront donc être amenés à ne pas suivre une méthodologie rigoureuse pour conduire telle ou telle expérience scientifique, si des travaux biaisés leurs permettaient de consolider ou acquérir la reconnaissance ou le statut social auquels ils aspirent.
En plus, de toutes façons, ils ont besoin d'un minimum de revenus pour vivre, et participer au budget familial s'ils ont une famille. Si, par exemple, ils se retrouvent employés par une industrie du tabac pour démontrer que la nicotine ne rend pas les consommateurs de tabac dépendant, il y a de forte chance pour qu'ils mènent à son terme une expérience "scientifique" qui le démontre [1], [2].
Les ambitions sociales et le besoin de revenus sont déjà très largement suffisants à faire dévier les scientifiques vers des démarches non scientifiques.
Pour préserver leur carrière, les scientifiques ont intérêt à se rallier à des thèses dominantes, quelque soit la validité de ces thèses. Les industries font un lobbying intense [3] auprès des gouvernements et des médias afin que les thèses qu'ils défendent deviennent les thèses dominantes. Les scientifiques qui veulent réussir à trouver des fonds pour leurs recherches devront donc plutôt adhérer à ces présupposés imposés par les industriels. Cela vaut évidemment dans le cas où ils tentent de bénéficier de l'argent de l'industrie, mais aussi, dans une moindre mesure, s'ils tentent de bénéficier des subventions du gouvernement: les gouvernements s'abreuvant du flux informationnel incessant des lobbies, ils acquièrent des croyances conformes à la propagande à laquelle ils sont soumis.
Et même sans évoquer la nécessité économique pour les scientifiques de se rallier aux thèses dominantes, nous pouvons aussi sans hésiter rajouter comme cause à cette adhésion une simple naïveté: souvent, les êtres humains ont tendance à croire ce qui provient des canaux officiels de transmission des connaissances: magazines scientifiques entre autres, ou communications des industries pharmaceutiques par exemple.
Personnellement, je connais des gens qui croient à peu près tout ce qu'on leur dit, du moment que cela provient de sources soi-disant "sérieuses". Ils ont une méconnaissance totale du système de production de connaissances et des informations, qui est pourtant soumis à de fortes pressions de la part de groupes défendant leurs intérêts particuliers.
Or pour qui s'informe sur le sujet, il apparaît rapidement que cette pression est indiscutable, et joue un rôle prépondérant.
En savoir plus
Le résultat est que la production dite "scientifique" est complètement gangrenée par des intérêts particuliers.
Les citations ci-dessous sont intéressantes car elles proviennent de personnalités qui sont au coeur du système de la recherche et de la diffusion des résultats dits "scientifiques".
Richard Horton, rédacteur en chef du Lancet, une des publications médicales les plus anciennes au monde et l'une des plus prestigieuses nous met en garde [5]:
"Une part importante de la littérature scientifique, peut-être la moitié, pourrait être simplement fausse. Affligée par des échantillons de petites tailles, des effets minuscules, des analyses d'exploration invalides, et de flagrants conflits d'intérêts, avec en parallèle une obsession de suivre des tendances à la mode, la science a pris un virage vers l'obscurité."
Marca Angell, une physicienne américaine et qui fut la première femme à devenir rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, dépeint un tableau encore plus sombre [6]:
"(...) des biais et des conflits d'intérêts similaires existent quasiment dans tous les champs de la médecine, particulièrement ceux reliés aux médicaments et aux techniques. Il n'est simplement plus possible de croire aux recherches cliniques qui sont publiées, ou de dépendre du jugement de physiciens de confiance ou des recommandations des autorités médicales. Je n'ai pas eu de plaisir à cette conclusion, à laquelle je suis parvenue graduellement et à contre-coeur durant les deux décennies où j'étais directrice du Nouveau Journal de Médecine d'Angleterre."
John P. A. Ioannidis, professeur de Médecine à l'Université de Standford, professeur de statistiques, et directeur du Centre de recherche sur la prévention de Standford, confirme cet état de fait calamiteux [7]:
"Une grande part des résultats de la recherche qui sont publiés sont faux.
(...) Une recherche sera d'autant moins fiable (...) que les préjugés et les intérêts financiers en jeu (ou autres intérêts) sont grands."
Conclusion: même si une information a une allure "sérieuse", il faut toujours être très prudent, et considérer, à priori, qu'elle doit être confirmée, recoupée. Et il faut vérifier que parmi les sources qui valident cette information, il en existe d'indépendantes. Des associations de consommateurs, ou bien de passionnés, ou bien de citoyens vigilants, peuvent fournir des informations beaucoup plus fiables que des organismes mêmes institutionnels ou des médias trop proches des intérêts des industriels (voir ici).
Références
1. Comment le lobby du tabac a subventionné des labos français Le Monde David Leloup et Stéphane Foucart
« Council for Tobacco Research (CTR) est une officine de l'industrie du tabac basée à New York (Etats-Unis) qui finance de la recherche scientifique. (...) le Wall Street Journal avait décrit cette officine comme responsable de la "plus longue campagne de désinformation de l'histoire économique des Etats-Unis". Créé en 1953, le CTR était piloté en partie par l'agence de relations publiques Hill & Knowlton et des avocats mandatés et payés par les cigarettiers. Il avait pour principale mission d'orienter la recherche scientifique dans un sens favorable à l'industrie, en finançant certains projets et en écartant d'autres. »
2. Quand l’industrie du tabac cache la vérité scientifique Science et Pseudo Sciences Gilbert Lagrue
« Avant même les autorités sanitaires, les industriels du tabac, grâce aux travaux menés dans leurs puissants laboratoires de recherche, savaient que les goudrons étaient cancérigènes et surtout que la nicotine rendait dépendant. Ces faits étaient jalousement cachés et il a fallu attendre une vingtaine d’années pour que la vérité soit révélée. »
3. Comment Monsanto a financé des scientifiques en Europe pour défendre le glyphosate Libération Aude Massiot, 27 novembre 2017
4. L’histoire secrète d’une victoire des lobbies à Bruxelles, contre la santé publique les-crises.fr Isabelle Barré, pour le Canard Enchaîné, juin 2015
« Des échanges de mails révèlent comment l’industrie chimique a torpillé l’interdiction des perturbateurs endocriniens. Un récit perturbant... »
« The case against science is straightforward: much of the scientific literature, perhaps half, may simply be untrue. Afflicted by studies with small sample sizes, tiny effects, invalid exploratory analyses, and flagrant conflicts of interest, together with an obsession for pursuing fashionable trends of dubious importance, science has taken a turn towards darkness. »
« .Similar conflicts of interest and biases exist in virtually every field of medicine, particularly those that rely heavily on drugs or devices. It is simply no longer possible to believe much of the clinical research that is published, or to rely on the judgment of trusted physicians or authoritative medical guidelines. I take no pleasure in this conclusion, which I reached slowly and reluctantly over my two decades as an editor of The New England Journal of Medicine . »
7. Why Most Published Research Findings Are False (pourquoi une grande part des découvertes de la recherche qui sont publiées sont fausses John P. A. Ioannidis
Article publié le 9 avril 2016
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